Cette simplicité est d'autant plus étonnante
qu'elle n'est qu'apparente. Se cache en effet derrière ce nouvel usage de
l'internet des objets l'association de nombreuses technologies (les
spécialistes parlent de « mash up »). Glissée sous le napperon, le
lecteur RFID Mir:ror de Violet (sorte de mini disque capable de lire des
étiquettes électroniques) commande le cadre photo, qui est en réalité un mini
ordinateur sous Linux (système d'exploitation Open Source) connecté à internet.
Entièrement dédié à cet usage, celui-ci n'est muni d'aucune interface de
commande visible. Il se contente d'afficher les fichiers textes, son, image ou
vidéo stockés pour lui sur des réseaux d'échange de données comme Twitter ou
Flickr. Principe de fonctionnement : chaque étiquette RFID (Radio
Frequency IDenfication) collée au dos de la carte ou de la photo démarre un flux
RSS par l'intermédiaire de l'interface matérielle de Violet. L'ordinateur reçoit
donc via internet les messages qui lui sont destinés sans que l'utilisateur
n'est à faire quoi que ce soit, si ce n'est poser la photo ou la carte sur le
napperon.
Cette facilité d'accès aux messages les plus personnels via internet, nécessite toutefois une certaine « préparation » de la part de l'entourage de l'utilisateur. Destiné aux personnes âgées ou handicapées ayant du mal à se déplacer mais souhaitant garder le contact avec leurs proches, la richesse du webnapperon dépend entièrement de ces derniers. Ce sont eux, enfants et petits enfants ou responsables de résidences, qui préparent les étiquettes et alimentent les plateformes d'information. Coût de cette solution miracle ? 550 euros pour le matériel. Le reste, développement d'applications spécifiques et recherche de contenu, dépend de l'utilisation que l'on veut en faire, et du temps que l'on est prêt à lui consacrer.
Le webnapperon est expérimenté au cours de ce mois d'Avril auprès de quatre familles du département, d'une maison de retraite et d'un foyer pour personnes handicapées. C'est aux utilisateurs à présent de se l'approprier et d'en inventer leurs propres usages. « Bibliothèque MP3, manipulation de CD, informations très locales, bulletins météo,... le moteur de synthèse vocale que nous avons intégré dans le webnapperon ouvre de multiples possibilités », souligne Yves Armel Martin, directeur de l'Erasme. Créé par le Conseil régional du Rhône, ce laboratoire de recherche centré sur l'usage des technologies numériques privilégie l'expérimentation de terrain. Avec un budget de 760 000 euros, hors salaires de ses douze salariés, l'Erasme travaille actuellement sur deux autres projets d'envergure, le cartable en ligne et les interfaces multi tactiles (multitouch) pour les musées. Sa philosophie est toujours la même : «Tester les technologies avec les usagers afin d'imaginer comment elles peuvent réinventer les services publics ».
Andrée Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ?











