La fin du CD. Et en conséquence, les choses deviennent d'autant plus compliquées que la guerre ne porte pas comme au bon vieux temps de la micro informatique seulement sur des machines, mais aussi - et surtout - sur des écosystèmes. Disons pour simplifier qu'il y a d'un coté les développeurs et producteurs de contenu qui parient plutôt sur l'iOS d'Apple (pour l' iPad, l'iPod, l'iPhone...via iTunes) et de l'autre ceux qui misent sur le système d'exploitation Android, le logiciel libre, et la puissance de tir d'un Google ou d'un Amazon. Des machines elles même, l'enjeu s'est ainsi déplacé sur leurs contenus et leurs usages. Il ne s'agit plus de choisir entre des produits isolés, mais d'opter pour tout un ensemble d'objets nomades qui communiquent entre eux, s'échangent des fichiers numériques plus ou moins protégés, les stockent pus ou moins facilement sur internet, les téléchargent ou les lisent en streaming... Dit autrement, c'est presque d'un choix de vie dont il s'agit ! Cette nouvelle guerre est intimement liée à la disparition progressive de la notion de support physique au profit du téléchargement et des services en ligne. C'est en effet tout le marché de la musique, de la vidéo, du livre et de la presse qui se redessine derrière cette bagarre opposant Apple au monde traditionnel des PC représenté par Google. Dans cette guerre qui a pour finalité la naissance de nouveaux majors d'une industrie couvrant à la fois le multimédia et les applications pour mobiles (apps), reste à savoir dans combien de mois ou d'années l'impression papier, les CD et les DVD disparaîtront effectivement du marché... Quels marchands du net en deviendront alors les leaders ? Quels nouveaux équilibres seront trouvés entre producteurs et distributeurs de contenu ?
L'iPod, le pionnier. Dans leur livre iPod Backstage : les coulisses d'un succès mondial, Gilles Dounès et Marc Geoffroy utilisent la métaphore du haricot et du maïs pour expliquer les relations complexes qu'entretiennent acteurs de l'informatique, marchands du web et producteurs de contenu. Ils expliquent que loin d'entrer en compétition l'une avec l'autre, la graminée et la légumineuse s'épaulent de façon parfaitement dynamique : le maïs fait office à la fois de tuteur et de parasol au haricot qui l'aide à fixer l'azote du sol grâce aux bactéries présentes dans ses racines... C'est la même chose pour l'iPod (76% de parts de marché des baladeurs numériques en mai 2005) et iTunes (82% de parts de marché à la même époque). Les deux auteurs montrent qu'Apple a utilisé à son profit une sorte de loi de l'anti convergence : c'est parce qu'il ne disposait pas d'industrie de contenu que l'inventeur de l'iPod à pu bâtir cet écosystème non cannibale entre les deux briques de base de sa solution musicale. Un cercle vertueux que Sony ne serait pas parvenu à susciter assez rapidement. En proie à des luttes intestines entre sa division « électronique » située au Japon et sa division « contenu » (Sony Music) implantée aux Etats Unis, le géant japonais se serait retrouvé en effet fort embarrassé : proposer un produit concurrent de l'iPod c'était donner la possibilité à ses clients de piller son propre répertoire musical... Mais de fait, face au succès d'Apple, cette logique de « solution » associant applications, contenu et boutique en ligne est devenu l'élément concurrentiel majeur de ce marché en devenir.
Google attaque. Le géant du net vient en effet d'annoncer sur son blog destiné aux développeurs sous Android la possibilité d'intégrer des systèmes de paiement au sein des applications, comme le fait Apple. C'est du gagnant-gagnant : plus l'application aura du succès, plus elle sera téléchargée et plus nombreux seront les acheteurs potentiels de bonus et autres fonctions payantes. Exemple : l'achat de cornets de glaces ou de fraises pour plaire à la girafe de Talking Gina... et augmenter ainsi sa cote d'amour auprès d'elle !
Andrée Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ?










