On l'attendait depuis longtemps. On se doutait qu'il s'agissait d'une tablette tactile. Mais on ne savait pas exactement à quoi elle allait ressembler. Et surtout, à quoi elle allait servir : présenté le 27 janvier dernier à San Francisco en Californie par Steve Jobs lui même, le charismatique fondateur d'Apple, l'iPad s'apparente à un gros iPhone muni d'un écran de 9,7 pouces (25 cm).
Entre téléphone et micro ordinateur. D'un coté, cette tablette adopte le look et l'interface tactile de l'iPhone. De l'autre, elle offre des performances proches de celles d'un ordinateur portable : processeur A4 d'Apple à 1 GHz, capacité mémoire de 16, 32 ou 64 Go, interfaces pour les réseaux sans fil Wi-Fi et Bluetooth, écran tactile. Question mensuration, elle se situe aussi entre les deux en pesant 680 grammes pour 1,34 cm d'épaisseur. Au final sur ses usages connus, l'iPad permet de faire à peu près les mêmes choses que l'iPhone, mais beaucoup mieux : jouer en solitaire ou en ligne, gérer sa messagerie, regarder des photos ou des vidéos, écouter de la musique, lire des livres électroniques... Et ce pour un prix somme toute moyen lui aussi : 500 dollars environ pour une mise sur le marché prévue en Mars 2010.
Des innovations d'usage. L'iPad dispose d'ores et déjà de tout le catalogue de l'App Store, soit quelques 140 000 applications.?Mais le plus intéressant est certainement dans les applications à venir, développées exclusivement pour lui. Une, parmi elles, a retenu plus particulièrement notre attention. Il s'agit de Brushes, qui devrait permettre de dessiner directement sur l'iPad. Ce serait alors une véritable innovation d'usage car les tablettes graphiques actuelles du marché ne visualisent pas directement le dessin sous le stylet. Elles servent à dessiner avec un stylet comme avec un pinceau ou un crayon, mais le dessin s'affiche sur l'écran de l'ordinateur. Ce qui n'est pas très intuitif pour qui a l'habitude de dessiner sur papier ou peindre sur toile.
Un écosystème cohérent. Jeux vidéo, DVD, musique... les performances techniques de l'iPad devraient booster les ventes d'iTunes Store, le magasin de vente en ligne d'Apple contenant quelques 11 millions de chansons, 50 000 épisodes de séries TV et plus de 8 000 films. Mais la tablette ouvre aussi de nouveaux marchés à son constructeur. En créant son iBookstore pour vendre ses propres livres électroniques, Apple devient également un concurrent de Google, qui a lui aussi tout dernièrement étendu son domaine d'action en lançant son propre lecteur de livres électroniques, le Kindle. Ce n'est donc pas en soi la tablette qui est importante, mais le fait qu'elle permet à ses utilisateurs de consommer davantage dans les Apple Store. Le constructeur poursuit ainsi la "logique du maïs et du haricot" décrite par Gilles Dounès et Marc Geoffroy dans leur livre iPod backstage : le matériel d'un coté et le magasin de contenus de l'autre s'entretiennent mutuellement pour créer un chiffre d'affaires global toujours plus important... de la même façon que les paysans plantent traditionnellement ensemble maïs et haricot car le premier sert de parasol à un second qui l'aide pour sa part à fixer l'azote du sol grâce aux bactéries présentes dans ses racines.
Andrée Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ?











