La mémoire, le marché de demain

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Mercredi 8 Février 2012
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La mémoire, le marché de demain
Tous les moyens sont bons pour doper sa mémoire. A tel point que l'idée peut se décliner du jeu vidéo à l'alimentation. Ipsos a mené l'enquête.

Saviez-vous que la console de jeux vidéo Nintendo, l'huile Isio de Lesieur et le complément alimentaire Méno Mémo de Physcience sont, d'un certain point de vue, parfaitement comparables ?


La raison : tous les trois se positionnent sur la tendance marketing du moment, l'activation de nos capacités cérébrales. Ce marché est passé au crible par l'institut de sondage Ipsos dans son étude internationale Global Life Stages, menée sur la base de 8 000 interviews réalisées dans huit pays différents. Trois grandes caractéristiques en découlent. La première est l'étendue de ce marché de la concentration mémorielle, son périmètre couvrant près d'un tiers de la population des pays cibles (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni, Etats-Unis, Japon et Chine). Selon l'institut de sondage, 32% des personnes interrogées avouent, en effet, avoir « du mal à se concentrer longtemps sur la même activité ». Et ce, avec des disparités par pays : le Japon et la Grande Bretagne arrivent en tête avec respectivement 36% et 35%, tandis que la France et l'Allemagne affichent les pourcentages les plus faibles (23% et 22%). Mais sans différence significative de genre : hommes et femmes sont à égalité dans le sondage. Deuxième caractéristique : ce marché est un créneau d'avenir. Ce sont en priorité les jeunes qui se disent concernés : 47% des lycéens et 41% des étudiants reconnaissent avoir des problèmes de concentration, contre 28% seulement pour les plus de 60 ans. Troisième caractéristique enfin, c'est un marché qui, semble-t-il, serait intimement lié à l'évolution des technologies numériques. Les auteurs de l'étude mettent en avant, en effet, l'usage croissant d'internet et celle du « copier coller » dans les écoles comme argument face aux 5 millions de logiciels d'entraînement cérébral du Docteur Kawashima vendus en Europe par Nintendo en 2007, dont un million en Grande-Bretagne. Ils rejoignent en cela l'idée que, à l'image du marteau qui remodèle le bras du forgeron, l'outil informatique transforme celui qui le manipule. L'ordinateur change donc nos façons de pensée. Il modifie nos capacités de calcul mental. Mais il nous pousse, aussi, à abandonner de façon volontaire nos propres capacités de mémorisation. Et c'est là que se situerait un vrai danger au regard des cogniticiens : « Penser que l'ordinateur va prendre le pouvoir est une illusion car on peut toujours le débrancher », nous disait lors d'un entretien Jean-Gabriel Ganascia, spécialiste de l'intelligence artificielle à l'université Pierre et Marie Curie et chercheur au Laboratoire d'Informatique de Paris 6 (LIP6). « Le vrai danger est inverse, poursuit-il, il est dans le risque que nous courrons de ne plus faire d'effort de mémorisation ». A l'heure où il est possible de stocker plus de 4 Go sur un mini disque pas plus épais qu'un briquet pour transporter sur soi l'équivalent de près de 120 CD, c'est le risque de perdre l'effort de mémoire qui inquiète donc le plus, autant les experts que le grand public.

 

Andrée MullerJournaliste, écrivainAuteure de La net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ?

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