Qui sont les réfractaires du web ?

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Mercredi 8 Février 2012
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Qui sont les réfractaires du web ?

Psychologie - Rencontres
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Qui sont les réfractaires du web ?
Pas de frontière générationnelle forte : jeunes et seniors expriment parfois le même refus d'internet. L'étude a été menée en Bretagne par des chercheurs du laboratoire Marsouin.

Du senior qui ne voit pas en quoi le web peut bien l’intéresser au jeune qui préfère réserver son temps à d’autres activités, un peu moins d’un tiers des bretons (32%) n’utilisent pas internet. Ces « non utilisateurs » n’appartiennent pas, non plus, à une catégorie sociale spécifique. L’enquête « Résidentiels 2008 » menée par le laboratoire de recherche Marsouin a été réalisée en Juillet 2008 auprès de 2 000 résidents de Bretagne.

Les chercheurs ont classé ces non utilisateurs en cinq profils types, révélant ainsi qu’il existe une « fracture numérique » à l’intérieur même de cette population des non utilisateurs : un sur quatre seulement serait en mesure de franchir le pas, soit un habitant sur dix environ ramené à la population totale. Ces utilisateurs en devenir appartiennent aux deux premières catégories définies par les chercheurs.

La première catégorie rassemble les futurs utilisateurs (5% des non utilisateurs). Ils affirment qu’ils utiliseront internet dans l’année et le jugent « très utile ». Ils en connaissent d’ailleurs presque tous les usages, un sur trois l’a déjà utilisé. Leur profil social ? Près de la moitié dispose d’un ordinateur à domicile et presque un sur trois d’un téléphone mobile. Ils manquent de temps plutôt que d’intérêt pour la technologie. Ils ont moins de 45 ans, habitent les grandes villes, sont actifs et ont peu de temps libre. Appartenant à la catégorie sociale des employés, leurs revenus sont relativement confortables. Puis viennent les utilisateurs potentiels (19% des non utilisateurs). Regroupés dans une deuxième catégorie, ces derniers présentent un peu les mêmes caractéristiques : ils pensent qu’ils utiliseront probablement internet d’ici un an, mais ils le jugent peu utile. La moitié d’entre eux environ l’a déjà utilisé et en connaît presque tous les usages. Plus d’un tiers de ces utilisateurs potentiels dispose d’un ordinateur à domicile, d’un appareil photo numérique, d’un téléphone mobile. Ils pensent que leur non usage n’est dû ni à leur âge ni à un quelconque problème de santé, et qu’internet n’est pas exclusivement réservé aux jeunes ou aux personnes actives.

Pour les autres en revanche, soit un quart environ de la population totale, l’affaire n’est pas gagnée. Les chercheurs ont regroupé ces dissidents en trois catégories. La première est celle des réticents. Formant le gros des troupes (41% des non utilisateurs), ces derniers n’envisagent pas d’utiliser internet. Ils en connaissent un certain nombre d’usages, mais l’estiment inutile. Ils ne l’ont jamais utilisé, même si la moitié d’entre eux environ fait appel à leur entourage en cas de besoin. Dans leur ensemble, leur équipement domestique est faible. Relativement âgés (70-75 ans), sans enfant et avec des revenus moyens, ils pensent que même si internet abolit les distances, il détruit aussi les liens sociaux. La deuxième catégorie de dissidents est celle des réfractaires (16% des non utilisateurs). Ils n’envisagent pas d’utiliser internet dans le futur et pensent qu’il ne sert à rien. Ils en connaissent quelques usages, mais ne l’ont quasiment jamais utilisé. L’équipement de leur foyer est faible, la technologie ne les attire pas, ils ont peur de ne pas savoir l’utiliser. Ce sont des habitants de villes moyennes, retraités et faiblement diplômés. Enfin, la troisième catégorie rassemble les exclus (18% des non utilisateurs). Ils ne veulent surtout pas utiliser internet et le considèrent comme parfaitement inutile. Ils n’en connaissent aucun usage et ne l’ont jamais utilisé. L’équipement numérique de leur foyer est très faible et ils donnent pour justifier cela une multitude de raisons : âge, santé, mauvaise maîtrise de la langue écrite, coût, peur de ne pas savoir ni l’utiliser ni faire face à ses incidents techniques. Leurs revenus sont faibles, ils sont retraités, appartiennent aux catégories sociales les plus modestes, sont souvent des personnes seules, habitent les zones rurales… Pour eux, fracture numérique et fracture sociale vont de pair.
Andrée Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ? 

 

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