S'opposer aux poncifs. Le créatif ne baisse pas les bras. Il cherche des solutions aux pires difficultés. Et plus important sans doute, il pense qu'il va les trouver. Il s'autorise ainsi à se mettre à l'écoute de son « moi » intime, à prendre d'autres chemins, à changer de repères, à délirer... Bref, il est capable de s'adapter et d'innover parce qu'il accepte le doute : « Quoi que ce soit que vous pensiez, pensez (aussi) le contraire ! », illustre ainsi Eric Winnen. Il est important en effet pour ce consultant initiateur de l'association belge Alice (Association pour la Libération des Idées, de l'Imagination et de la Créativité dans l'Education et dans l'Economie) de « concevoir l'inconcevable ». Ce qui oblige à remettre en cause « les « évidences », les lieux communs, les idées reçues, les stéréotypes, et conduit naturellement au « paradoxe », c'est-à-dire à ce qui s'oppose au sens commun (la « doxa ») ». Comment y parvenir ? Parmi les méthodes utilisées par les consultants ou enseignées dans les universités, celle dite de « la posture sensible » semble particulièrement intéressante. Elle tisse un lien étroit entre techniques classiques et psychologie.
Donner naissance à de nouvelles idées. Dans leur livre, « La posture sensible dans le processus de création des idées »Guy Aznar et Stéphane Ely partent de l'idée que « la créativité est un moteur pour inventer, innover, trouver des solutions, de nouveaux concepts de produits, de services, d'organisations » (voir le le site consacré à cet ouvrage). ?A coté des méthodes traditionnelles telles le brainstorming qui est une technique collective de recherche d'idées où triomphe la réactivité, ils insistent sur une démarche plus lente, plus introspective. Faisant appel à l'intuition et l'imaginaire ils appellent cette démarche la « posture sensible ». De là est née la méthode dite du « petit vélo » préconisée par les deux auteurs : « Imaginons un vélo d'enfant, un petit vélo...»... « Ah oui, je le vois... il est rouge... »... « oui, posé contre un trottoir... »... Cette référence aux vélos de notre enfance est utilisée, parmi d'autres, dans les séances de formation car elle a un aspect très fédérateur (nous avons presque tous quelque part dans notre mémoire le souvenir d'un vélo). Cela permet au groupe de « s'envoler vers son voyage collectif ». Le but ici n'est pas de produire immédiatement des idées, mais de susciter des sensations, des images : « C'est l'immersion dans l'imaginaire ».
Se situer entre imaginaire et réalité. Favorisant « l'aptitude à mettre tous ses sens aux aguets », cette pensée lente parcours trois étapes. Il y a d'abord « l'éloignement vers l'espace de l'imaginaire »?qui donne à l'inconscient l'opportunité de s'exprimer. Puis vient l'émergence. Cette deuxième étape jette des ponts entre l'imaginaire et les contraintes du réel afin « de faire émerger des pistes d'idées ». Cet « entre-deux » (imaginaire et réalité) est pour les deux auteurs le terrain le plus propice à la naissance des nouvelles idées. Enfin le troisième étape, dite de la « convergence sensible », a pour objectif de traduire ces ébauches en idées capables de se transformer en solutions opérationnelles. ???
Andrée Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ?











