Bonheur et travail réconciliés en 2010 ?

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Dimanche 5 Février 2012
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Bonheur et travail réconciliés en 2010 ?

Droit et vie pratique
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Bonheur et travail réconciliés en 2010 ?
Sentiment d'insécurité et de non reconnaissance : le malaise des salariés a éclaté en 2009. Le gouvernement promet des changements pour févier 2010. Qu'en est-il exactement ?
Suite à la vague de suicides liés aux conditions de travail, en particulier chez France Telecom dont l'Etat est le premier actionnaire, le ministre du Travail a demandé aux entreprises de plus de mille salariés d'ouvrir des négociations sur la prévention du stress au travail avant le 1er février 2010. En France, un accord national interprofessionnel transposant l'accord cadre européen d'octobre 2004 avait déjà été signé en juillet 2008 par les organisations patronales et les confédérations de salariés. Mais c'est quoi exactement le stress au travail anormal ?

Un rapport sur les risques psychosociaux au travail.Dirigé par le sociologue du travail Michel Gollac du Centre de recherche en économie et statistique (Crest), le rapport sur les risques psychosociaux au travail est téléchargeable sur le site du ministère de la Santé à l'adresse : www.sante.gouv.fr/drees/risques-psycho-trav/rapport081009.pdf. Ce rapport classe les facteurs de risque en plusieurs catégories allant des exigences du travail à la charge émotionnelle en passant par l'autonomie, les conflits de valeurs et l'insécurité économique. Il établit ainsi la liste des « indicateurs provisoires » disponibles.

Plusieurs outils de mesure Le premier indicateur est la quantité de travail. Près d'un quart (22,6 %) des personnes interrogées en 2007 jugeait la quantité de leur travail excessive. Puis viennent tous les indicateurs liés à la pression temporelle, c'est à dire au sentiment permanent d'urgence que suscitent les relations de travail. Près d'un salarié sur trois (30,9 %) estimait en 2003 ne pas disposer du temps nécessaire pour effectuer les tâches demandées. Plus fort encore, en 2005 près d'un salarié sur deux (48,5 %) avait le sentiment de devoir en permanence "se dépêcher". Arrive ensuite le critère de la complexité du travail : quasiment la moitié (44,8 %) des personnes interrogées en 2007 estimait devoir "penser à trop de choses à la fois. En revanche, les conflits entre vie privée et vie professionnelle n'apparaissaient pas comme un problème majeur : seulement 10,5 % des personnes interrogées en 2007 ressentait des "difficultés à concilier travail et obligations familiales. Paradoxalement, les femmes n'étaient pas plus nombreuses que les hommes à exprimer cette opinion. Ne rêvons pas cependant à une égalité des sexes en la matière. La raison réside simplement selon les chercheurs dans une durée moyenne du travail moins élevée pour les femmes...

Deux types d'atteinte à la santé morale. Le premier, le plus connu, est l'épuisement émotionnel (burn out). Ayant usé tout leur potentiel émotionnel, certains salariés n'arrivent plus à être disponible pour leurs proches après le travail, par exemple les infirmières. Inversement, le deuxième type de traumatisme mental est la facticité des émotions. Ce manque d'authenticité émotionnelle se traduit par le fait de continuer, en dehors du travail, à "mimer" des émotions que l'on ne ressent pas. Du "ça va très bien" systématique au sourire forcé, cette affection est ressentie plus particulièrement par les professionnels du tourisme, du commerce et de la communication, qui doivent toujours avoir l'air enjoué.

Travailler dans la joie, c'est possible. Face à tous ces sentiments de malaise et de mal être exprimés par plus d'un tiers des salariés français, la question se pose d'emblée : existe-t-il des travailleurs heureux dans notre pays ? Et du coup, le livre Travailler pour être heureux ? Le bonheur et le travail en France (Fayard, 2003) de Christian Baudelot et Michel Gollac, revient au goût du jour. Il montrait - il y a déjà plus de six ans de cela - que les troubles du stress au travail ne sont pas uniquement le fait de trajectoires personnelles, mais qu'ils relèvent de problèmes d'organisation du travail.

Andrée Muller - Journaliste, écrivain - Auteure de La net économie, PUF 2007, collection Que sais-je ? 
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